Les Pygmées en République Démocratique du CONGO par le Dr COLLIN

 

Le mot pygmée, en grec ancien pugmaios (haut d’une coudée) désigne un humain de petite taille, inférieure à 1,50 m de haut.Il ne s’agit pas d’une anomalie génétique ou d’une insuffisance hormonale, mais d’une adaptation morphologique au milieu de la forêt tropicale.Ils conservent un mode de vie nomade à base de cueillette et de chasse comme à la fin du paléolithique.

Nombre de Pygmées en RDC

Ils sont entre 250 000 ET 600 000. Il n’y a jamais eu de recensement en RDC pour les pygmées. Ils appartiennent à différentes communautés dispersées surtout en forêt et en particulier  dans la forêt vierge équatoriale.

Les communautés portent des noms différents qui varient, aussi, selon les régions. Les plus connus de ces noms sont les BATWA, BAMBUTI et une quinzaine au moins d’autres.

Famille devant sa case

Les principaux problèmes :

-        le manque d’accès et de droits à la terre et à la forêt pour qu’ils pratiquent leurs activités traditionnelles.

-        Faute de papiers d’identité qui ne leur ont pas été délivrés à la naissance pour cause de refus d’enregistrement, ils n’ont pas la possibilité d’accéder à l’école, aux soins de santé et au logement.

-        la discrimination, la marginalisation et la pauvreté.

-        l’absence de représentation dans les structures gouvernementales et parlementaires. Leur avis est rarement demandé en ce qui les concerne.

-        la non prise  en compte de leurs droits spécifiques dans les politiques nationales. Leurs droits de citoyens sont loin d’être respectés.

-        dans les régions de conflits, de l’Est en particulier, leur atteinte par toutes les formes de violence (esclavage, viols, atteintes à leur intégrité physique) sont particulièrement fréquentes.

Maman avec ses enfants

Problèmes propres aux pygmées du Sud Kivu

Le Parc  de KAHUZI BIEGA riche en espèces protégées (gorilles des montagnes en particulier) a été agrandi passant de 60 000 à 600 000 km2 mais personne n’a pu préciser exactement ses limites actuelles.

Il est certain que les pygmées qui vivaient dans cette forêt en ont été chassés et ne sont plus autorisés à y entrer. C’est pourtant là que sont leurs lieux sacrés, leurs cimetières, leurs plantes médicinales et bien d’autres éléments essentiels à leur vie et à leur subsistance. Ceci les a profondément déstructurés  car ils n’ont reçu aucune aide de l’état et ils n’ont, en général,  pas d’accès à la terre qui appartient aux Bantous. Ils ne savent, souvent, pas cultiver, vivant de chasse, de pêche et de cueillette en forêt.  Ils ne comprennent pas pourquoi ils sont sanctionnés, lorsque, poussés par la faim ils retournent piéger un animal pour se nourrir. Entre eux, entre les différentes familles, tout est mis en commun et partagé.

Famille à l'intérieur de son habitation

Le WWF essentiellement représenté par des allemands fait un gros travail pour la protection des gorilles mais ne s’intéresse pas aux pygmées et moins d’une dizaine jusque là a été utilisée pour leur connaissance des animaux et des plantes.

Chaque visite dans les sites où sont les gorilles coûtait 100 $ aux congolais et 400 aux étrangers (ramenés tout récemment à 200) alors qu’un des rares pygmées employés pour cela ne recevait que 15 $ par mois comme guide.

En général, les pygmées n’utilisent pas l’argent mais le troc. Leurs maisons sont très rudimentaires (huttes de feuilles et de branchages). Surtout ne pouvant pas payer l’école et les soins de santé ils en sont exclus d’autant que ces établissement sont rarement proches de leur lieu de vie.

En plus de leur langue propre, beaucoup parlent le swahili (parlé dans l’Est de l’Afrique depuis la Somalie jusqu’au Mozambique) et qui constitue, en Tanzanie notamment la langue utilisée jusqu’à l’Université et qui est un mélange d’Arabe et de langues bantoues. Certains parlent aussi d’autres langues propres à différentes ethnies de la région.

Au Sud Kivu, un avocat, Maître Innocent  NTAKOBANJIRA qui a abandonné toute autre activité juridique pour ne plus défendre que les pygmées, organise avec un de ses amis juristes la scolarité de 40 élèves (garçons et filles) en primaire et 6 en secondaire (garçons seulement) qui sont inscrits dans une école protestante à 25 km environ de BUKAVU où ils étaient 92 par classe (à COMBO) lors de cette dernière année scolaire, d’où son projet de construire une classe supplémentaire chaque année, au fur et à mesure que les enfants progresseront dans leur scolarité – un  Père Blanc a fourni des vêtements pour tous les pygmées de COMBO scolarisés.

Les sœurs de la Résurrection, une congrégation locale, ont organisé une formation en coupe et couture pour des filles et maçonnerie, menuiserie, charpente pour des garçons pygmées du Nord de l’Ile d’Idjwi sur le lac Kivu où ils vivent très misérablement.

Les pygmées, qui sont des chasseurs cueilleurs, ont été chassés de leurs forêts (agrandissement du parc, exploitation forestière et parce qu’on y a trouvé des richesses minières) et  ils vivent misérablement. Ils sont discrédités et méprisés. Ils sont chrétiens à 85 %.

Pour lutter contre ces sentiments de dénigrement et ces préjugés, il n’y a que l’éducation.

Elèves à l'école

Devant la nouvelle école

Einstein disait « il est plus facile de désintégrer un atome que de désintégrer un préjugé »…

Avec « Santé et Développement »association créée par des rotariens,  nous leur avons fait construire il y a deux ans une école et un centre professionnel.

Ce projet a été remarqué par la Légion d’Honneur, et dans le cadre de « l’honneur en action », il a été lauréat, et nous avons reçu 2000 euros en novembre 2013 qui ont servi à payer la scolarité de près de 1000  jeunes pygmées (écolage) et le matériel scolaire.

Les résultats scolaires sont très satisfaisants et montrent que les jeunes pygmées sont aussi intelligents et souvent meilleurs que leurs camarades des autres ethnies.

Maurice Collin avec l'instituteur

Ils méritent vraiment d’être aidés.

Il faudrait surtout que le gouvernement de la RDC, signe la Convention numéro 169. L’Etat s’engagerait à reconnaitre comme autochtone le peuple pygmée. Sans cette signature, ils n’ont aucun droit. Ce sont des parias. Ils n’existent pas. Ce sont des « homo sapiens sapiens » comme nous. Leur plus petite taille est une adaptation à leur mode de vie dans la forêt.

La scolarisation des enfants permettra aux pygmées d’accéder à un minimum de développement, à comprendre en particulier et à participer à une activité économique dans le pays en connaissant et en défendant leurs droits et leurs traditions, car ils vivent actuellement dans l’indigence et l’insécurité, n’ayant rien en propre, pouvant à tout moment être chassés du lieu où ils résident  et où ils sont seulement tolérés.

Inauguration de l'école

Des mines sont exploitées dans les forêts où ils résidaient mais ils n’ont pas le moindre accès aux richesses qu’elles produisent pour d’autres pays et surtout personne ne leur a jamais demandé leur avis en les faisant participer aux discussions concernant leurs exploitations.

Nous souhaitons que la  RD du Congo  signe la Convention numéro 169 de « l’Organisation Internationale du Travail » relative aux peuples indigènes et tribaux.

Ce serait un engagement à reconnaitre comme autochtone le peuple pygmée.

Le Congo Brazzaville a une loi spécifique à ce sujet.

Il a organisé du 10 au 15 avril 2007 le premier Forum International des peuples autochtones des forêts d’Afrique centrale en reconnaissance des droits des pygmées.

Concernant l’exploitation des mines du Kivu et en particulier celle de la cassitérite (étain), lire le livre : « Minerais du Sang » de Boltansky.

Dr Maurice Collin

RC Grenoble-Belledonne

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